A bien des égards, il me semble que mon année 2011 a ressemblé à son cinéma. D’abord duelle et autodestructrice, à l’image de
Black Swan, confrontant la lumière aveuglante aux ténèbres insondables, dans le terrible tiraillement entre l’ambition et le doute. Une histoire de
mélodrame exagéré au cours duquel tous les masques tombent… la thématique globale de l’année était plantée dès l’avant-première le 16 janvier dernier. On savait qu’on y laisserait des
plumes.
Une année effrayante en tête à tête avec soi-même... lequel des deux cygnes
a gagné en fin de compte ?
Puis ce fut la recherche d’un nouveau discours, amenant à l’apprentissage de la communication claire et maîtrisée, comme ce roi bégayant multi-oscarisé. Il y a eu des jurons… des
crises de nerfs ! Plus j’y pense, et plus ces séances avec Todd Warren sur le design sonore et le mixage d’OVNIvores me semblent proches de la
rencontre entre Colin Firth et Geoffrey Rush… un travail de pro, beaucoup de fatigue et de rires, et une amitié qui s’est nouée dans le temps et le respect.
Le ton de résignation dont était teinté Au-delà de Clint Eastwood annonçait une impuissance qui, tout en rappelant le terrible
tsunami d’Ao Nang, préfigurait aussi la catastrophe de Fukushima. Comme un signe des temps…
Aux moments les plus durs de l’année 2011, je me suis aussi senti submergé, écrabouillé par un monde à la dérive (Melancholia), ou
rêvant d’une Terre où vivrait une autre version de moi qui serait heureuse (Another earth).
Un monde meilleur existe-t-il ? Y a-t-il seulement un autre monde possible ?
The tree of life a porté un deuil intime et une révélation personnelle au prix de bien des efforts, pour
toucher au merveilleux lâcher prise qui mène à la renaissance, à l’acceptation. Un chemin vers la Foi, aussi. Vers Dieu, comme concept. Vers l’Amour aussi. L’Amour avec une capitale, celui qui ne
s’explique pas en dehors du Divin. Le film de Mallick est tombé juste à temps pour ouvrir la porte dont j’avais besoin, la porte de la perception de la terre, du ciel et de l’univers, me
redonnant faim et confiance. Cela valait bien quelques larmes.
Une porte s'est ouverte, elle ne se refermera plus jamais. Une nouvelle exploration commence.
Les mauvaises relations d’affaires, les coups bas, les clans qui se forment, c’était X-men : les origines. Dommage que les gens
aiment tellement la guerre… Une guerre sans valeurs, sans profondeur, qui a touché encore une fois notre monde en plusieurs pays, comme dans Battle Los
Angeles, un genre d’automatisme du système mondial qui ne semble en réchapper qu’à grand peine, à coups de « sommets de la dernière chance » et de frappes chirurgicales indexées
sur les intérêts des lobbys et des banques. Encore une fois, tellement de destruction… et pour quel résultat ?
Et que dire de notre société après La conquête et Polisse, sinon qu’il est
toujours plaisant de se regarder le nombril, surtout quand on parle des choses les plus graves ?
Rayon politique : Sarko ressemble à Joe Pesci, dans une France gérée comme le Casino de Scorsese...
Pendant ce temps, Blue Valentine a mis à mal l’idéal du couple. Fighter les relations
de fratrie, de famille. Le mariage ? Juste une idée à la con en voyant Mes meilleures amies. Vraiment à la con. Et avec Crazy stupid love, c’est toute une sentimentalité qui était condamnée à la souffrance. Rien de simple dans nos vies. Tout partait à vau l’eau dans les
coïncidences.
Quant à Super 8, il sonnait le glas de notre enfance après une grosse grosse nostalgie : plaisir coupable et flatterie pour geeks,
mais sitôt sorti de la salle, je savais que j’étais définitivement passé à autre chose.
L’automne dans l’atmosphère de Drive n’incitait qu’à l’errance et à la mélancolie. En ces temps incertains, restons calmes et
prudents, le moindre faux pas…
L’entrain n’est revenu qu’au fil des Aventures de Tintin : enfin la sensation d’avoir remis de l’essence dans le moteur, de
revoir des perspectives s’ouvrir devant moi (avec ce joli relief !) et Mission Impossible : protocole fantôme a soufflé de nouveau sur moi
l’envie d’action, le frisson des projets à risques, seules causes défendables en fin de compte.
Regonflé à bloc, j’étais carrément immunisé à Shame, excellent film pourtant vécu comme une tranche de passé digéré.
Entre-temps, Intouchables m’avait marqué de son humanité, de sa simplicité . C’est un film apaisant, vu au bon moment lui
aussi.
C'est la poésie qui nous sauvera. Le câlin éternel de notre imaginaire...
Reste que la leçon de l’année, s’il n’y en avait qu’une à retenir, se trouvait peut-être dans The artist : quand le vent souffle
fort, que les tempêtes se déchaînent, que règnent l’égoïsme et la malveillance, les plus grandes victoires se font dans le silence et l’humilité.
Mais vous me direz, on voit bien ce qu’on veut dans les films...