Faire rire est un vrai métier. Rappelons que dans les années 20, avant de devenir le grand homme que l'on sait, Franck Capra travaillait comme gagman dans la tour de Mack Senett pendant que
celui-ci se faisait masser les fesses par Abdul le Turc.
Aujourd'hui, près d'un siècle plus tard, le monde a changé et le peuple ne rit plus aux maladresses hyper-calculées de quelques génies comme Charlie Chaplin ou Buster Keaton, mais est beaucoup
plus réactif aux audaces bas de plafond des auteurs consensuels de comédies vulgaires et prétextes à concours de pets.
Qu'est-ce qui déclenche ENCORE mon courroux direz-vous ? Ne peut-il jamais faire l'apologie d'un bon film comme ce fut le cas à une époque où il avait toujours des étoiles dans les yeux ?
Rassurez-vous, lecteurs, point de négativisme dans mon discours, un simple avis de spectateur.
C'est-à-dire que j'aimerais bien me marrer comme vous, je suis friand de comédies, mais ma sensibilité m'empêche d'apprécier pleinement, par exemple, Mes
meilleures amies de Paul Feig. Expliquez-moi ce que vous avez trouvé dans ce film longuet, complaisant jusqu'à l'embarras, dont le climax est le déclenchement d'une méga-gastro dans un
magasin de robes de mariées
à force de vomi et de caguade (pour rester poli) dont les défenseurs diront que c'est un truc "décomplexé" ?
A croire qu'on ne peut plus faire rire sans cul et dégueulis. Les frères Farelli, qui nous avaient tout de même offert deux des meilleures comédies modernes avec Mary à tout prix et Deux en un (un film d'une rare finesse !) se ramassent aujourd'hui avec Bon à tirer, film sans aucune saveur qui ne déclenche chez moi pas l'ombre d'un sourire crispé. Est-ce vraiment cela qui est recherché par le public ? Le pipi-caca ?
Moi, je n'ai pas l'impression de régresser à ce point en passant les portes du cinéma. Very bad trip ne m'emporte pas, malgré un pitch en or (je suis
sincère). On se moque toujours des mêmes choses, la démesure n'a plus de classe, et puis où est la surprise dans tous ces produits hyper formatés ?
Bien sûr, je parle ici des grosses formules commerciales, je ne prétends pas avoir tout vu !
Un film récent a cependant retenu mon attention : Comment tuer son boss ? Irrévérencieux, délirant et forcément défoulant, le film tient surtout par la
qualité du casting employé à contre-emploi. Du caviar pour tous les cinéphiles.
La production française, je n'en parle même plus : Dubosc, Mérad ou Semoun, insupportables, débitent des blagues Carambar dans des films jetant les millions par la fenêtre, et le pire du pire,
c'est que la distribution leur fait un pont d'or, car les gens mordent à l'hameçon. Alors pour être élégant, on dira que chaque pays a son cinéma potache très grand public, pays merveilleux par
devant et grosse tête par derrière, dans lequel Dany Boon est roi, heureusement inoffensif.
Mais alors quoi regarder pour se bidonner ? En France, pas de doute, les programmes courts me paraissent se détacher du peloton, comme Scènes de ménage,
série somme toute bien écrite et faisant mouche souvent. Il y a eu Kaamelott et Un gars, une fille, ça a tout
lancé. En fait, on excelle véritablement dans le programme court, c'est le truc à la mode que tout le monde veut réussir : il n'y a qu'à regarder Bref, ou
Very bad blagues. Le terrain est occupé pour longtemps.
Côté longs métrages, par contre, on ronfle sévèrement. Quoi que je citerais bien Moi, Michel G., milliardaire comme exercice plutôt réussi mais pas tout à
fait sur le registre de la comédie. A l'étranger, il faut surtout voir les séries. On note quand même une crise d'intérêt dans la course de How I met tour
mother et The big bang theory, mais The IT crowd terminera en beauté au printemps avec une ultime
cinquième saison. J'en profite pour remercier mon ami Fred pour m'avoir fait découvrir ce bijou de Better off Ted, série terminée (hélas !).
Les anglais restent les plus capables, voir le long métrage Attack the block pour s'en convaincre, avec un habile mélange des genres. On constatera que le
passage de Simon Pegg aux Etats Unis n'a pas été fructueux, Paul se révélant une déception par rapport à des éclats de génie comme Shaun of the dead.
Non, vraiment, ce n'est pas une période propice au bidonnage...en temps de crise, faut-il réapprendre à rire de tout ?