Mardi 10 janvier 2012 2 10 /01 /Jan /2012 08:01

Ainsi vint le temps du montage. Autrement dit, la troisième écriture du film, celle où du désordre apparent doit surgir une histoire, et c'est aussi dans cette étape que l'on doit valider ou rectifier la trame pensée au scénario, qui fonctionnait plutôt bien sur papier, encore pas trop mal au tournage, et à présent plus du tout !

 

J'exagère à peine. Ca a l'air comme ça d'un vieux gag, mais enfin, ça arrive. On le vérifie presque toujours sur au moins une séquence, dans laquelle un découpage ou un dialogue est soumis au doute ou à l'interprétation. OVNIvores n'a pas échappé à la règle. Si la globalité du film me paraissait très claire, deux séquences ont dû être charcutées, voire réinventées complètement une fois importées sur Final Cut.

 

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Le montage : toujours un beau bordel !

 

A chaque monteur sa technique. Certains assemblent dans l'ordre chronologique, d'autres dérushent longtemps. Moi j'aime commencer par des raccords évidents, des détails sur lesquels je construis tout le reste comme un toit sur une charpente. Parfois, j'en obtiens un film en puzzle, plein de petits bouts de films à connecter les uns aux autres avec les meilleurs raccords possibles. Je fais des tas de plans que je réordonne à ma guise. On se demande alors si le film va vraiment ressembler au scénario, car il arrive que tout soit lié d'une façon bien différente que ce qui était prévu !

 

Un jour, Raphaël Vernerey vint me rendre visite et insista pour voir le montage, qui était alors dans l'état pré-cité, sans effets spéciaux et à peine quelques filtres. Affolé par ma technique, il passa la soirée à faire sa version, ne me laissant que le choix de l'observation paniquée. Je l'ai laissé faire son "ours", prenant pour seule précaution de réaliser une copie de sauvegarde de mon travail en cas de gros désaccord ! Raphaël est de ces monteurs qui ne supportent pas les trous, il veut un bout-à-bout absolument, à tout moment du montage !

De ses efforts, je gardai la plupart des idées. En fin de compte, il avait joué les inspecteurs d'école. Je l'en remercie, on a toujours besoin d'un regard extérieur, surtout lorsqu'il est pertinent. Le cinéma, c'est surtout de la collaboration. Ne jamais l'oublier, il n'y a pas d'égo là-dedans. J'y reviendrai plus tard.

 

Bon an mal an, j'avais plutôt optimisé mon tournage et le montage du film ne posa pas de réel problème en lui-même. Seulement il était comme un gruyère, à cause des effets spéciaux. J'avais besoin de recourir à quelques astuces temporaires pour effectuer une prévisualisation, comme des photos pour certains points de vue qui se révélaient manquants. Nous repartîmes donc sur les lieux réaliser quelques coupes pour le prologue, qui ne fonctionnait pas tel quel. Nous étions déjà au seuil de l'hiver, il y avait de la neige sur les cimes. Je filmais les images d'une nuit des étoiles du mois de juin, des plaques de glace en bord cadre...

 

Coupe montage

Quelques plans de l'arrivée de la famille ont été sacrifiés sur l'autel de l'efficacité.

 

La séquence problématique était donc le prologue. J'avais voulu réaliser un découpage savant, et au final, rien ne marchait. J'avais déjà plus ou moins décidé de changer l'idée du générique, car entre-temps j'avais reçu les premières épreuves de la musique de Georges Gondard, et ma vision du film s'éclaircissait. Au départ, je voulais montrer des OVNIs dans des situations de tous les jours, style "ils sont là, on ne les remarque pas", mais il me paraissait plus évident désormais de commencer avec des titres dans l'espace.

Je réalisai trois ou quatre versions du prologue avant de tout effacer et de n'en garder que les plans les plus importants, les plus symboliques, quitte à couper du dialogue, des apparitions de personnages. Parfois, il vaut mieux emprunter le chemin le plus rapide. Woody Allen a dit : "on peut tout couper".

 

On peut aussi tout tricher. Comme par exemple tourner des images presque un an après et les connecter sans souci au film. C'est ce que je fis en proposant à la "bande des ados", Ugo, Erwan et leurs amies, une séance de coupes dans lesquels ils manipulent des instruments originaux, et voient arriver l'OVNI du film. Objectif : augmenter le nombre des OVNIvores à l'écran, enrichir le potentiel affectif des personnages. De plus, j'étais un peu insatisfait des drôles d'instruments créés pour le film. Je voulais en voir davantage. Me rapprocher de l'appareil construit par E.T. quand il appelle sa maison...

 

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Ajouté au montage : un supplément d'ados façon E.T., les vélos en moins !

 

Alors que la première version de travail commençait à s'esquisser, deux énormes dossiers arrivèrent, fracassants, sur la table.

Le premier dossier était bien sûr celui des effets spéciaux. Le film comptait de nombreux trucages, de nature différente : des rochers animés en 3D, des étoiles dans des cieux fixes, des étoiles dans des plans dynamiques, un OVNI et ses lumières, et toute une palette d'effets dont je n'avais pas idée, mais qui allaient "naître" avec la suite...

Le second dossier, plus épineux encore pour moi, était celui du son. L'autre moitié du film, en somme, et je n'avais personne pour la post-production sonore. J'imaginais que j'allais devoir une fois de plus m'en occuper moi-même, et la perspective m'inquiétait, car je ne suis pas compétent à ce poste. Et mon budget, ultra serré, me permettait guère d'embaucher.

 

Je ne savais pas quelles aventures m'attendaient sur ces deux étapes fondamentales de la construction de ce film. Elles allaient être très enrichissantes !

 

A suivre dans l’épisode 6 : les effets spéciaux. 

Par Morgsapplar
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Lundi 9 janvier 2012 1 09 /01 /Jan /2012 18:53

Allez, autant l'avouer, je ne suis pas le premier client de M. Almodovar. Du moins, je ne suis pas de ces cinéphiles qui font ses séances complètes au coeur du Festival de Cannes. Je peux pourtant citer quelques unes de ses oeuvres qui m'ont touché et intéressé, dont le dernier en date reste quand même Volver. Même si je n'apprécie pas toujours son goût prononcé pour le trouble de l'identité sexuelle et son univers ultra-coloré de travestissement, je comprends et partage totalement sa profonde attirance pour l'univers féminin, une proximité cultivée dans un désir ardent, rouge vif, jusqu'à la confusion du soi, jusqu'au fétichisme le plus déraisonné.

 

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La fascination de Pedro / Ledgard pour la femme comme ultime oeuvre d'art.

Si ce n'est pas le plus beau thème de cinéma du monde...

 

Pedro, c'est le cinéaste préféré des comédiennes, car son cinéma est peuplé de femmes magnifiques, qu'il aime passionément à tous les plans, sous tous les angles et sous toutes les lumières du trouble, de la passion, de l'obsession, à la manière d'un néo-Truffaut art déco. La piel que habito s'inscrit dans cette continuité, avec une dimension de perversité cette fois-ci particulièrement poussée. Jugez plutôt, ceci est bel et bien l'histoire d'un chirurgien plastique qui élève dans un bocal une superbe femme sosie de la sienne décédée, et qu'il observe à travers un écran de télévision, comme assis dans un musée devant sa toile préférée. Pour savoir la suite, voyez le film !

 

Ce film célèbre les retrouvailles entre le cinéaste et Antonio Banderas, qu'il avait révélé au cinéma dans Le labyrinthe des passions. Ils avaient fait cinq films ensemble entre 1982 et 1990, terminant sur le très bon Attache-moi ! avec Victoria Abril. Ici Banderas révèle sa partie noire, son "black swan", dans le rôle de ce chirurgien vengeur et impitoyable, tendance psycho-killer.

Face à lui, Elena Anaya (sublime) déploie une palette de jeu impressionnante. Son conflit est foudroyant. Tantôt fragile comme un vase de cristal, tantôt solide comme un jonc qui ne rompt pas, sa volonté secrète ne s'évanouit jamais, dans une ambivalence expliquée au coeur d'une intrigue tout bonnement hallucinante.


Si la mise en scène est très maîtrisée, rappelant les illusions de montage d'un film comme Le prestige de Christopher Nolan, c'est le scénario la véritable star de ce film troublant et dérangeant, dont le tournant du match en laissera plus d'un sur le cul. Quand les destins se croisent, quend les masques (de peau) tombent, on a droit à un choc émotionnel conséquent et c'est ce frisson qui fait de La piel que habito un sacré morceau de bravoure.

Rappelons qu'il s'agit ici de l'adaptation de Mygale, le roman du sulfureux Thierry Jonquet. Mais on ne s'étonnera pas qu'Almodovar en ait gommé la plupart des aspects d'extrême cruauté (dans le livre, Ledgard livrait Vera à la prostitution sado-masochiste) pour en faire un conte presque fantastique, finalement plus désespérément romantique que pervers. Pedro ne changera pas, il aime trop les femmes.

Par Morgsapplar
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Vendredi 6 janvier 2012 5 06 /01 /Jan /2012 09:00

JOUR 1 : des Gremlins au Col de Vence

 

L’équipe se rassembla la veille du tournage pour parer aux derniers préparatifs. Raphaël Vernerey, qui serait mon assistant avec Amélia Nanni (scripte) s’inquiétait fortement de la météo, et du plan de travail. Il était convenu qu’au vu du cahier des charges, des moyens mis en œuvre et du peu de temps à disposition, je tournerais rapidement les plans « faciles » et statiques, dans le désordre, pour réserver le maximum de temps aux séquences compliquées ou à effets spéciaux, comme ce moment crucial où Raph Biss provoquait l’effondrement du totem.

 

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Premiers plans dans un jour à la lumière neutre. On fait des tests avec une gélatine bleue

pendant que tout le monde se met en place.


On essayait de me faire entendre raison. Je ne démordais pas. De la pluie était prévue, le temps allait nous stopper en plein élan, je n’avais pas le temps de terminer 75 plans par jour… et ils avaient probablement raison.

Je tournais en HDV, avec une handycam, sans lumière artificielle. Une fois le plateau des figurants mis en place, je comptais jouer les Speedy Gonzales. L’équipe son ne nous retrouvait qu’en cours de matinée, je voulais achever toutes les prises sans dialogue avant leur venue. Toute la première page du storyboard décrivait le générique, des prises de vue que je ferais hors plateau.

 

Quant à l’organisation de l’éclairage, je tentais une première : le début du film serait tourné de jour, en lumière naturelle. Le crépuscule, de même. Puis nous passerions à de la nuit américaine pour le reste du film, combinée à des prises de vue avec des lampes d’appoint, en nuit naturelle. Ce qui voulait dire que je tournerais de jour toutes les scènes de jour puis les nuits américaines, puis un vrai crépuscule, et enfin de vraies nuits de nuit. Bref.

 

Nous partîmes sur la route de Vence avec une légère angoisse. Nous avions bien planifié les rendez-vous et les transports, tout le monde se retrouva à la « zone OVNI » à l’heure dite, et je commençai à organiser mon plateau. Raphaël Vernerey et Amélia m’entouraient, le regard tourné vers le ciel grisâtre tout en indiquant à tous les figurants où ils devaient s’asseoir et comment. Pendant ce temps, je prévoyais mes angles de caméra. Amélia faisait du bon boulot, tant et si bien que Raphaël n’avait plus rien à faire d’autre que jouer dans le film…

Il se mit à pleuvoir et on se réfugia sous les parapluies.

Cela dura quelques minutes à peine.

 

Il régnait une bonne ambiance, que j’entretenais pour détendre tout le monde et ne pas me laisser déstabiliser. Certains avaient déjà vécu des tournages chaotiques avec moi, ils n’avaient peur de rien et préféraient en plaisanter.

 

Nous fîmes quelques tests d’image avec Mathieu, à l’aide d’une gélatine bleue. Mais je refusais de tourner avec ce filtre, me reposant sur les essais de post-production que nous avions faits.

 

Enfin, tout était prêt. J’annonçai que je commençais à filmer. Dès lors, j’enchaînai les plans « faciles » et commençai à biffer le storyboard. Un plan, deux, trois, quatre… et la bonne humeur régnait. On me charria un peu, car d’habitude j’annonce « elle est bonne, on la refait ! » et cette fois ci je passais directement d’un plan à un autre. « Ah ? On la refait pas ? »

En une heure, j’attaquai sévèrement le découpage. Tout allait bien, et Raphaël et Amélia se détendaient. Ils se demandaient sans doute si je savais ce que je faisais, tant j’avançais rapidement, sans faiblir, bondissant comme un cabris d’un rocher à un autre, me préoccupant guère de ce qui dépassait du cadre. Les gags dans le film et hors plateau se mirent à s’enchaîner, et le tournage devint un peu une suite de Gremlins.

 

Une trentaine de plans furent réalisés dans la foulée : les coupes sur les différents personnages, les scènes de groupes, l’arrivée de l’OVNI, quand tout le monde se lève avec émerveillement, les réactions individuelles…

 

Les gens du son arrivèrent. Ils chaussèrent leurs casques et déployèrent leur perche, le temps de s’en fumer une dernière et nous abordâmes les premiers échanges de dialogues entre Raphaël Biss et Laurie. Chaque scène amenait son lot de bons mots et d’imprévus : voitures passant sur la route,  visiteurs, animaux, lignes de textes modifiées ou les copains faisant les andouilles hors-champ.


 

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Florent Tourdes écoute tout ce qu'on dit du bout de sa perche... et il y a de quoi se marrer !


A midi, un en cas préparé par la régie fut partagé sur le parking, en bonne et franche camaraderie. Pendant la digestion, profitant d’un brin de soleil, j’emmenai deux gars avec moi pour filmer des éboulis de pierres. Ils lançaient des rochers depuis un promontoire et je filmais les impacts, puis Raph Biss nous rejoignit et on le fit sauter à droite et à gauche en évitant des périls invisibles, conformément au storyboard.

 

L’après-midi fut consacré aux OVNIvores et à toutes les petites scènes qui nous serviraient à les présenter, à les faire interagir, car nous ne réunirions pas tout le monde le lendemain.

Argoll avait construit avec du matériel de récupération quelques appareils de mesure pour observer les OVNIS, comme un additif de caméra à l’aide d’un vieux disque dur et une antenne de poste radio, des engins câblés et un capteur pour Iphone tourné vers l’espace. Des bouquins de science jonchaient le site, les uns portaient des appareils photos, les autres des jumelles…

Profitant de la présence de Florent et Benjamin, les gens du son, nous filmions en priorité les scènes de dialogue, comme l’échange cocasse entre les deux vieilles dames, Jackie Berretti et Denise Jacquin. Fous rires sur le plateau, alors que nous improvisions des lignes de texte plus rigolotes que prévu initialement. Argoll joua les trouble-fêtes dans un plan où il ouvre une capsule de Coca Cola qui crée une interférence dans les systèmes d’écoute. Ce fut l’occasion pour moi de me glisser dans le plan, alors que la caméra était posée sur un trépied devant nous.

 

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"Alors : celui-là il est fait, on passe à la suite !"

 

La nuit tombant, nous étions toujours sur le site, profitant de la magic hour pour établir la transition entre jour et nuit dans le film. L’atmosphère virait au western, nous étions à proximité d’un ranch et voir passer des convois de cowboys à ce stade ne m’aurait même pas surpris.

Quand la nuit fut nuit, nous commençâmes à tourner la séquence où les héros vont consulter la présidente des OVNIvores et qu’elle leur parle des OVNIS. La scène était éclairée uniquement avec deux maglite. Nous étions toujours sur le site du film, toute l’équipe était restée auprès de nous et le silence avait succédé à l’euphorie de la journée.

Irène jouait bien, elle était un personnage avant même de passer devant l’objectif. Avec son accent anglais, elle apportait du caractère à l’instant, comme nous l’avions fait dans The damned soul. J’ai toujours aimé mêler les langues dans mes films.

 

Quand la séquence fut en boîte, et que l’heure était venue de partir, je suis resté sur le site quelques instants encore, m’imprégnant de l’atmosphère réelle, respirant l’air frais (nous étions en mars).

 

JOUR 2 : des moutons et un baiser de cinéma

 

Le lendemain, l’équipe réduite était en joie. J’avais respecté, voire dépassé mes promesses de la veille et mes assistants étaient complètement détendus. Il faisait soleil et tout roulait.

En général, c’est dans ces moments-là qu’on se heurte aux plus grandes difficultés. Et proverbialement, ce fut le cas.

 

Nous tournions la séquence d’ouverture, l’establishment du personnage principal, de son père et de sa sœur qui prennent les paniers de pique-nique dans la voiture et descendent sur le site. Le storyboard ne fonctionnait pas, malgré tous mes efforts. Nous tournions devant le mur où était dessiné l’alien de Roswell, à proximité du panneau « OVNI ». Des voitures n’arrêtaient pas de passer sur la route et ruinaient les prises, je devais m’armer de patience et mes plans ne me satisfaisaient pas complètement. J’avais fait quelques coupes pour le générique qui seraient coupées au montage, mais je voulais me couvrir, d’une façon ou d’une autre. Je m’énervais tout seul, à tel point qu’Amélia, pour me redonner le sourire, marquait des messages sur le clap, comme « smile ! » ou « cornichon » et généralement ça marchait.

 

En après-midi, nous tournâmes les dernières séquences sur le site d’observation, avant d’être envahis par un troupeau de moutons qui nous repoussa sur les hauteurs du domaine. Une autre partie de l’équipe nous quitta à ce moment-là, car nous étions sur le point de partir vers le second site, là où les héros grimpaient dans les rochers pour trouver le totem de pierre.

Pour l’heure, nous devions réaliser des plans au steadicam sur un chemin ascendant et rocailleux, et vers 17 heures, les gens revenant du travail empruntaient le col par dizaines. Nous devions sans cesse nous interrompre pour attendre que le son soit correct sur les prises.

 

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L'arrivée de la famille du héros... un establishment qui sera largement coupé au montage.

 

Alors que le soleil descendait derrière les montagnes, nous nous étions relocalisés sur le site numéro 2, pour filmer l’ascension des deux héros jusqu’au territoire des « pierres lunaires » repérées quelques jours plus tôt, un endroit pavé naturellement de pierres blanches, érodées et souvent trouées. Un drôle de spectacle que je voulais montrer à l’écran.

Le tournage se prolongea jusqu’à l’arrivée de Raphaël et Laurie devant le totem. La lumière baissait beaucoup, et nous étions un peu en retard sur le planning, bien que tout se soit bien passé sur le second site. Nous devions nous organiser pour revenir le lendemain, avec la contrainte que Laurie repartait par avion en milieu d’après-midi. Cela imposait une fin au tournage, quoi qu’il advienne.

 

A la nuit tombée, nous nous repliâmes vers la route, contre une formation de pierres où nous allions tourner la séquence où Raphaël Biss embrasse sa partenaire après un court dialogue. Avant cela, nous pouvions manger nos sandwiches et la bonne humeur régnait toujours. C’était un tournage heureux, un peu adolescent et nous étions à présent sur un site magnifique. Dès que je levais les yeux de l’objectif, je voyais la galaxie en surplomb, comme si nous étions en train de réaliser un film dans le plus grand studio de l’univers. La ville était loin, loin dans la vallée, nous n’en voyions que les lumières scintillantes près de la mer, et pas grand chose d’autre que de la forêt entre elle et nous.

Raphaël Biss était un peu intimidé pour la séquence du bisou. Laurie, en grande professionnelle, pas du tout. Je me dis que je devais être malin, et je leur fis faire une répétition, aussi parce que je cherchais une lumière spécifique avec les maglite. L’OVNI arrivait au moment où leurs lèvres se touchaient, c’était le climax du film. Climax ruineux puisque réalisé avec mon assistant créant un flare avec une lampe en face de la caméra, qu’il dissimulait ensuite sous son pull…

Le plan me plaisait, il ne manquait que le timing, atteint après plusieurs prises. J’avoue, je fis exprès de faire plus de prises, pour que Raphaël puisse se détendre et atteindre l’émotion. Umh. Il ne se maria jamais avec Laurie !

 

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 Smile ! (Mais tu vas sourire, oui !?)


La deuxième journée se termina comme ça. Tout le monde se sentait bien, je montrais parfois des images et je voyais de grands sourires sur les visages. Les plus euphoriques étaient les jeunes, sur ce film. Ugo, le frère d’Amélia, ou Manon, m’écrivirent longuement après le tournage pour me remercier de leur avoir fait connaître tout ça. Ugo et son ami Erwan réalisèrent des films après cela, et Manon me dit qu’elle voulait devenir comédienne… 

 

JOUR 3 : sévère rocaille

 

Je savais que cet ultime rendez-vous allait être le plus dur, car nous étions concentrés sur la séquence du totem, basée sur des effets spéciaux et un grand assemblage de plans « au bluff ». Nous parlons ici de construction filmique, ce qui consiste à créer avec les images une réalité augmentée…

Heureusement, sur cette séquence, mon storyboard fonctionnait à peu de choses près. Nous avions grand soleil, ce qui était bien pour le tournage mais moins bien pour l’étalonnage. Du vent, ce qui gênait le jeu de Laurie. Des rochers, ce qui pouvait tuer tout le monde !

 

Nous passâmes la journée à balancer des roches ici et là, dans des cadres autour de Raphaël, manquant parfois le toucher. Parfois un morceau se décollait et frôlait son visage…

Je l’ai fait courir, sauter, se planquer… je devais inconsciemment me venger du tournage des Couleurs de la neige. Mais nous avions fait un pacte : « je joue dans ton film, et tu joues dans le mien, on apprend tous les deux l’un de l’autre ».

 

Je fis des tests de perspective forcée, recherchant le spectaculaire. Bien souvent, je faisais des plans où les comédiens devaient imaginer ce qu’ils voyaient, comme dans la séquence de l’OVNI où on se servait d’une longue branche pour indiquer la direction des regards.

 

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Quelques rires suffirent à nous faire oublier les vicissitudes du tournage.

 

A un moment, Raph et Laurie devaient basculer dans le vide, et nous devions nous servir de vêtements et de couvertures pour réaliser un petit matelas dans lequel ils se laisseraient glisser hors-champ. Pendant que je répétais la scène, pendant que je la jouais pour tout le monde, Raphaël Vernerey s’amusait à faire l’oiseau derrière moi, à mon insu, provoquant les rires de toute l’équipe. Je ne découvris tout cela que dans les images de making of !

Raph et Laurie chutèrent plusieurs fois, avec de drôles de cris, les jambes dépassant parfois dans un style purement comique. Plus tard, en post-production, je finirais par effacer les jambes image par image…

 

On finit par perdre la craie du clap, ce qui me valut d’annoncer sur les séquences : « Scène 35, clap à la bouche, clap, ACTION ! »

Le clap, en l’absence d’Amélia, était devenu un jeu. Parfois Laurie le faisait, parfois Raph Vernerey le faisait en imitant un personnage du Muppet Show.

 

Le fait que nous étions trois Raphaël sur ce film fut un défi pour le reste de l’équipe. Il fallut rapidement se trouver des surnoms. Moi j’avais déjà « Herr Direktor » depuis quelques films, transformé soudain en « Herr Produktor ». Raphaël Biss s’appelait généralement Junior, comme dans Indiana Jones et la dernière croisade et il répondait souvent comme Harrison Ford « Don’t call me that, please !! ». Vernerey utilisait son deuxième prénom, Vassili.

Entre nous, tout va toujours bien, on se comprend comme des Wookiees qui discutent, ce qui étonne généralement les gens autour de nous.

 

La dernière séquence tournée était celle de Raphaël Biss essayant de reconstruire le totem. Ce qui donna lieu à pas mal de rires, une fois de plus. J’avais demandé qu’on construise à l’avance un totem assez gros, mais qui se casserait la figure sur commande. Argoll avait bien commencé, et il m’appela : « Regarde ! » et le machin se cassa la gueule devant moi.

Alors Vassili s’y colla. Il accrocha un fil nylon à un petit morceau de bois et calcula pour faire s’écrouler l’édifice sur une simple action sur le câble.

Première prise, le signal arrive, on entend –tzwiiing- et le totem reste debout. Rires.

Deuxième prise, pareil. Troisième prise, rebelotte !

Ce n’est qu’à la quatrième ou cinquième prise que le totem tomba, mais on y croyait à peine.

Et le tournage cessa bientôt.

 

A suivre dans l’épisode 5 : le montage. 

Par Morgsapplar
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Jeudi 5 janvier 2012 4 05 /01 /Jan /2012 15:05

Hier soir à la Cinémathèque de Nice, nous avons eu le plaisir de découvrir (et oui, personne n'est parfait) La route des Indes de David Lean, le réalisateur de tant de grandes aventures humaines dont on citera pour l'exercice Lawrence d'Arabie, Docteur Jivago ou encore Le pont de la rivière Kwaï. Un film qui fidèlement au style de son auteur, nous fait voyager dans de grands espaces sublimés, dont l'envergure se rapporte moins au spectaculaire qu'aux puissants enjeux dramatiques incarnés par les personnages. Ici il est bien sûr question du rapport entre les Indiens et le colonialisme anglais, contraste évident démontré par la juxtaposition en deux plans seulement de la bourgeoisie londonienne s'installant pour la nuit dans un train et des villageois entassés dans les rues pour dormir à la belle étoile.

 

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Aziz : le coeur de l'Inde et du film. Tout est dans cette image !


La route des Indes (A passage to India en vo) est un film de voyage, de transformation. C'est le film qui explique peut-être le choc vécu par les occidentaux amenés à traverser ce pays au fort pouvoir évocateur. L'héroïne, Adela Quested, est victime de cette fièvre, une hantise mystique comme en témoigne le rapport à cette caverne à l'écho incroyable, et tout à la fois sensuel dans le rapport aux sculptures tantriques qui provoquent en elle troubles et vertiges. Les petits singes hystériques du temple ne sont là que pour souligner cette panique intérieure.

 

L'autre personnage important est Aziz, un médecin de campagne enthousiaste, maladroit et bondissant, dont on se demandera si l'acteur est ressorti vivant d'avoir exécuté cette course en chaussures de ville sur les pentes de pierre de Marabar. Il porte le thème du film en lui : généreux et volontaire, c'est lui qui emmène Adela et Mrs Moore à l'aventure, à la découverte de "l'inde la vraie", avant d'être accusé d'un crime par les anglais. Aziz change, il est atteint par le mal d'une civilisation du doute, de l'hésitation, de l'administration. A côté de lui figure Alec Guiness, personnage incroyable et acteur phénoménal capable de nous faire croire qu'il est indien alors qu'il a joué tous les rôles de Noblesse oblige... Guiness représente la foi de l'Inde, le pouvoir de la croyance mystique. Il parle quasiment en énigmes, sert de vecteur entre les personnages. C'est un régal.

 

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La scène du voyage en éléphant rappelle un autre film : Spielberg connaît ses classiques !


Le film est peuplé de lune, de soleil, d'étoiles et d'eau, il pleure et il pleut sur les personnages, le tout dans une grâce de cinématographie rare. La scène du train où Aziz joue les acrobates, le voyage à dos d'éléphants, ce découpage d'une telle beauté des regards d'Adela sur le pont, sur le marché, ou encore cette rencontre irréelle d'Aziz et Mrs Moore dans ce jardin sacré au clair de lune, voici quelques uns des éléments qui font de ce film un authentique classique. Et donc impérissable.

Par Morgsapplar
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Mercredi 4 janvier 2012 3 04 /01 /Jan /2012 11:23

Il ne faut jamais me lancer de défi. Je suis capable de vouloir le relever ! Je me souviens que Sandy Lewis était venue me voir pendant un casting et m’avait dit “Alors, quand est-ce qu’on fait un film ?” et deux semaines plus tard, nous tournions La capsule de l’homme-fiction.

 

Sur OVNIvores, j’avais dès le début l’option de faire jouer une Juliette, et du reste, j’avais donné son prénom au personnage principal ! Mais la dite damoiselle était en compétition avec une autre comédienne contactée via Facebook, qui n’était autre que Laurie Lévêque. La compétition entre les deux fut féroce, et au moment de choisir, ce fut une véritable épreuve.

 

Je demandai à Laurie, su la foi du scénario, de réaliser un essai filmé depuis Paris. Elle le réalisa avec une amie, et me l’envoya. L’interprétation était pour moi trop douce, je lui demandai alors une seconde version plus “rebelle”. C’était pas mal. Mais je me retrouvais à hésiter entre Juliette et Laurie.

 

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Laurie Lévêque, une des photos qui m'ont inspiré le personnage de Juliette.

 

Parallèlement, je cherchais un garçon pour incarner Thomas. Je reçus plusieurs composites, dont un retint mon attention. Il avait une tête de minet, du style Robert Pattinson, et il me plaisait bien pour le rôle, mais au moment de négocier, il cessa d’être joignable ! Le temps filait et je n’arrivais pas à composer mon couple…

 

Je faisais mon Rencontres du 3e type sans mon Richard Dreyfuss. Qu’allais-je devenir ?

Quand soudain, je reçus un message de Raphaël Biss, qui s’apprêtait à revenir sur la région. Je bondis sur l’occasion : j’avais joué dans son film Les couleurs de la neige, je lui proposai donc la réciproque. Contre toute attente, il accepta, conscient de ne pas être comédien, mais ravi de faire partie d’une Spielbergerie.

 

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Raphaël Biss, un échange de bons procédés entre OVNIvores et Les couleurs de la neige.

 

Maintenant, il fallait choisir Juliette ! Et de fait, je choisis Juliette. Laurie était terriblement déçue. Je regrettai, et avant d’appeler Juliette, je rappelai Laurie et lui offrit le rôle. Bon, c’est ce qu’on appelle “écouter son intuition”. Je ne devais pas le regretter, elle s’accordait très bien avec Raphaël. Charmante, pleine d’humour, elle devait subir nos plaisanteries incessantes… et y contribuait bien souvent.

 

Pour les OVNIvores, je proposai des rôles à une poignée d’amis figurants ou comédiens, souhaitant que le film fût aussi une rencontre pour tous les gens présents. Irène Lefranc me fit l’amitié d’endosser le rôle de Mrs. Irene, la présidente du club des OVNIvores qui raconte ses mémoires en feuilletant son album. Je l’avais repérée au théâtre de l’Alphabet, dans “Fando et Lis”. Son intelligence de jeu m’avait marqué, elle avait une vie propre, alors qu’elle jouait un personnage secondaire. Cela m’avait beaucoup plu.

 

Un bon nombre de copains rejoignirent les rangs, et toute l’équipe accepta de faire de la figuration.

 

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Une bonne bande d'OVNIvores !

 

La distribution se compléta d’une petite bande d’adolescents très sympa, dont Manon Maignal, fille de Sanya Maignal, une collègue animatrice sur Radio Chalom Nitsan. Manon nagea dans ce tournage comme un poisson dans l’eau d’une rivière, et participa à la bonne humeur collective.

 

Le tournage allait pouvoir commencer.

 

A suivre dans l’épisode 4 : le tournage. 

Par Morgsapplar - Publié dans : Activités
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