Mardi 15 juin 2010
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On ne parle pas souvent ici de la musique des films, elle est pourtant fondamentale. Quel grand film na pas bénéficié dun score mémorable ? Rappelez-vous à titre dexemple les films de David Lean, ou de Sergio Leone. Quaurait été le cinéma sans Ennio Morricone, Maurice Jarre, Jerry Goldsmith ou John Williams ?
Mais il faut bien lavouer, on y songe depuis quon commence à perdre nos idoles, acteurs ou réalisateurs les musiciens ne seront pas éternels non plus. Maurice Jarre disparu, lui qui avait composé les sublimes musiques de Witness, de Lawrence dArabie ou encore du Docteur Jivago - pour ne citer queux - on ne peut que craindre la suite
Doù la question : où est passé John Williams ?!
De nos jours, il est amusant de constater que la musique suit le même mouvement que les scénarios : tantôt extrêmement précise, sensible et subtile, mais bien assez souvent grossière et pondue au kilomètre. On retrouve même le formatage des genres dans la musique. Ainsi, une comédie française bénéficiera bien souvent dune guitare acoustique guillerette, un film indépendant américain dune guitare acoustique tristoune, un gros film daction américain une musique de Hans Zimmer ou de James Horner directement photocopiée dune ancienne partition, avec une chanson gnangnan au générique de fin pour les plus jeunes et les filles. Sic.
Bien sûr, nous parlons ici de bandes originales, et non de tracklist, de musique symphonique et non dartistes divers dont les chansons émaillent nos films préférés. Avez-vous déjà réalisé dailleurs combien les films avaient porté la production musicale ? Combien de chansons sont devenues mythiques en étant associées à des longs métrages ?
John Williams, puisque cest lui que je cite en titre, sest imposé à une époque comme un véritable dieu vivant, créant des thèmes aujourdhui retenus et fredonnés dans des centaines de pays. Son sens de la musique a porté la majorité des plus grands films produits aux Etats Unis ces 30 dernières années. Mais comme toute chose a une fin, il est aujourdhui plus rare, voire absent de la scène. Sa partition somme toute moyenne pour Indiana Jones IV laisse un goût amer : un temps pressenti pour composer la partition du dernier volet de la saga de Harry Potter, il a été remplacé par Alexandre Desplat. On ne sait toujours pas si Williams composera la musique des aventures de Tintin pour son inséparable copain Steven.
Mais alors, la question brûle les lèvres : qui sera lhéritier de Williams ? Avec qui va-t-il falloir compter demain ?
Alexandre Desplat me paraît effectivement un choix intéressant. Après Le voile des illlusions, Birth et Benjamin Button, trois compositions impressionnantes, le français simpose dans le paysage musical. Il a dailleurs récemment composé le score de Twilight chapitre 2 - une belle partition pour un tel sujet - et de Ghost writer pour Roman Polanski.
Si des valeurs ont baissé dès les années 90, comme Hans Zimmer, passant de la grâce de Rangoon au pitoyable Broken Arrow, tombant dans la soupe avec James Horner qui ne cesse de répéter ses leitmotivs dun film à lautre, ou encore Danny Elfman singé sur Internet pour ses manies « Burtoniennes », certains compositeurs demeurent endurants. Cest le cas dHoward Shore, qui sait placer mieux que quiconque une atmosphère pesante. Il suffit découter Trois pistes deXistenZ pour sen convaincre, et sa composition magistrale pour la trilogie du Seigneur des anneaux reste quoi qu'on en dise un must complet. Il officie chez Cronenberg et Fincher, ce qui nest pas rien.
Christopher Young ma impressionné lan dernier avec la bande originale de Jusquen enfer et je continue à suivre sa carrière attentivement. De même que Cliff Martinez qui sétait illustré avec Solaris, et dont on a retrouvé la patte sur A lorigine de Xavier Giannoli.
Plus rare mais toujours puissant, Angelo Badalamenti dominera toujours sur le mode atmosphérique. Mullholland drive et Twin Peaks faisant office de références ultimes, il nen a pas moins composé le score de Ladversaire, le film choc de Nicole Garcia.
On en oubliera un paquet encore, à vous de vous faire une idée et de poster vos propres références en guise de commentaires pour enrichir ce post.
Ce qui fait la force dun compositeur, cest toutefois sa recherche du son qui va coller à lidentité dun film. Desplat maîtrise cette recherche, et les carillons de Benjamin Button illustrent bien cela. Clint Mansell, avec ou sans le Chronos Quartet, a fait la démonstration que le son pouvait complètement définir lunivers visuel et sonore dun auteur, avec Requiem for a dream puis The fountain, deux incontournables dont les pistes sont reprises à tire-larigot à la télévision. Jai même vu une troupe de danse moderne faire une chorégraphie sur le score de The fountain, en pure perte (cétait très nul).
Une de mes préférées reste la musique du film Le parfum : histoire dun meurtrier. Tom Tykwer, non content dêtre un excellent réalisateur, collabore également étroitement avec Johnny Klimek et Reinhold Heil, pour jouer avec lorchestre philarmonic de Berlin une partition rare, comportant tous les éléments dune symphonie classique. Ils remettront ça trois ans plus tard sur Lenquête, pour une super musique de thriller.
Le potentiel évocateur de ces partitions nest plus à démontrer, et rappelle des coups de maîtres musicaux tels que lont été le score de Vangelis sur Blade runner ou celle dEric Serra sur Le grand bleu à leur époque : des révélations pour tout un public.
Voilà, cétait un tout petit tour chez le disquaire pour se consoler de ne plus trop entendre des nouvelles de John. A vous de juger, jespère que les curieux iront sintéresser un brin à tout ce que jai cité plus haut.
Bonne écoute !
A VENIR : lumières sur Bryan Cranston, acteur principal d'une série incroyable, Breaking bad.
Alexandre Desplat, l'âme de Benjamin Button...
Mais il faut bien lavouer, on y songe depuis quon commence à perdre nos idoles, acteurs ou réalisateurs les musiciens ne seront pas éternels non plus. Maurice Jarre disparu, lui qui avait composé les sublimes musiques de Witness, de Lawrence dArabie ou encore du Docteur Jivago - pour ne citer queux - on ne peut que craindre la suite
Doù la question : où est passé John Williams ?!
De nos jours, il est amusant de constater que la musique suit le même mouvement que les scénarios : tantôt extrêmement précise, sensible et subtile, mais bien assez souvent grossière et pondue au kilomètre. On retrouve même le formatage des genres dans la musique. Ainsi, une comédie française bénéficiera bien souvent dune guitare acoustique guillerette, un film indépendant américain dune guitare acoustique tristoune, un gros film daction américain une musique de Hans Zimmer ou de James Horner directement photocopiée dune ancienne partition, avec une chanson gnangnan au générique de fin pour les plus jeunes et les filles. Sic.
Bien sûr, nous parlons ici de bandes originales, et non de tracklist, de musique symphonique et non dartistes divers dont les chansons émaillent nos films préférés. Avez-vous déjà réalisé dailleurs combien les films avaient porté la production musicale ? Combien de chansons sont devenues mythiques en étant associées à des longs métrages ?
John Williams, puisque cest lui que je cite en titre, sest imposé à une époque comme un véritable dieu vivant, créant des thèmes aujourdhui retenus et fredonnés dans des centaines de pays. Son sens de la musique a porté la majorité des plus grands films produits aux Etats Unis ces 30 dernières années. Mais comme toute chose a une fin, il est aujourdhui plus rare, voire absent de la scène. Sa partition somme toute moyenne pour Indiana Jones IV laisse un goût amer : un temps pressenti pour composer la partition du dernier volet de la saga de Harry Potter, il a été remplacé par Alexandre Desplat. On ne sait toujours pas si Williams composera la musique des aventures de Tintin pour son inséparable copain Steven.
Mais alors, la question brûle les lèvres : qui sera lhéritier de Williams ? Avec qui va-t-il falloir compter demain ?
Alexandre Desplat me paraît effectivement un choix intéressant. Après Le voile des illlusions, Birth et Benjamin Button, trois compositions impressionnantes, le français simpose dans le paysage musical. Il a dailleurs récemment composé le score de Twilight chapitre 2 - une belle partition pour un tel sujet - et de Ghost writer pour Roman Polanski.
Si des valeurs ont baissé dès les années 90, comme Hans Zimmer, passant de la grâce de Rangoon au pitoyable Broken Arrow, tombant dans la soupe avec James Horner qui ne cesse de répéter ses leitmotivs dun film à lautre, ou encore Danny Elfman singé sur Internet pour ses manies « Burtoniennes », certains compositeurs demeurent endurants. Cest le cas dHoward Shore, qui sait placer mieux que quiconque une atmosphère pesante. Il suffit découter Trois pistes deXistenZ pour sen convaincre, et sa composition magistrale pour la trilogie du Seigneur des anneaux reste quoi qu'on en dise un must complet. Il officie chez Cronenberg et Fincher, ce qui nest pas rien.
Christopher Young ma impressionné lan dernier avec la bande originale de Jusquen enfer et je continue à suivre sa carrière attentivement. De même que Cliff Martinez qui sétait illustré avec Solaris, et dont on a retrouvé la patte sur A lorigine de Xavier Giannoli.
Plus rare mais toujours puissant, Angelo Badalamenti dominera toujours sur le mode atmosphérique. Mullholland drive et Twin Peaks faisant office de références ultimes, il nen a pas moins composé le score de Ladversaire, le film choc de Nicole Garcia.
On en oubliera un paquet encore, à vous de vous faire une idée et de poster vos propres références en guise de commentaires pour enrichir ce post.
Ce qui fait la force dun compositeur, cest toutefois sa recherche du son qui va coller à lidentité dun film. Desplat maîtrise cette recherche, et les carillons de Benjamin Button illustrent bien cela. Clint Mansell, avec ou sans le Chronos Quartet, a fait la démonstration que le son pouvait complètement définir lunivers visuel et sonore dun auteur, avec Requiem for a dream puis The fountain, deux incontournables dont les pistes sont reprises à tire-larigot à la télévision. Jai même vu une troupe de danse moderne faire une chorégraphie sur le score de The fountain, en pure perte (cétait très nul).
Une de mes préférées reste la musique du film Le parfum : histoire dun meurtrier. Tom Tykwer, non content dêtre un excellent réalisateur, collabore également étroitement avec Johnny Klimek et Reinhold Heil, pour jouer avec lorchestre philarmonic de Berlin une partition rare, comportant tous les éléments dune symphonie classique. Ils remettront ça trois ans plus tard sur Lenquête, pour une super musique de thriller.
Le potentiel évocateur de ces partitions nest plus à démontrer, et rappelle des coups de maîtres musicaux tels que lont été le score de Vangelis sur Blade runner ou celle dEric Serra sur Le grand bleu à leur époque : des révélations pour tout un public.
Voilà, cétait un tout petit tour chez le disquaire pour se consoler de ne plus trop entendre des nouvelles de John. A vous de juger, jespère que les curieux iront sintéresser un brin à tout ce que jai cité plus haut.
Bonne écoute !
A VENIR : lumières sur Bryan Cranston, acteur principal d'une série incroyable, Breaking bad.