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2012 sera décidément une année de surprises. La preuve, on apprend hier soir dans une interview accordée à un journaliste du New York Times, que George Lucas, se préparant à dévoiler sa dernière production, Red tails, le 20 janvier prochain aux Etats Unis, s'apprête également à prendre sa retraite !
Tous les jeunes cinéastes ont un jour ressemblé à George Lucas : chemise improbable,
trop de cheveux, trop de barbe, lunettes de geek... c'est ça le truc !
Enfin, quelque chose comme ça. Imitant David Lynch, il a décidé de consacrer le reste de sa vie à la réalisation de modestes films personnels, des films d'art. Il le dit lui-même, il quittera "le business, sa société, tout ce genre de trucs" ("I'm moving away from the business, from the company, from all this kind of stuff".) A 67 ans, il semble revenir à son ambition initiale, celle qu'il défendait à l'UCLA avant que ne tombent sur lui les succès successifs d'American Graffiti et de Star wars. Il est donc autorisé de penser aujourd'hui qu'il laissera prochainement la direction de Lucasfilm et de ses nombreuses filiales à un successeur.
Evidemment, George Lucas a changé la vie de milliers de cinéphiles et créé plusieurs générations de cinéastes éternellement émerveillés. On peut aussi, comme moi, lui reprocher ses erreurs. Car c'est un homme paradoxal, en fin de compte, qui ne semble pas avoir compris ses créatures tel un Frankenstein ivre de technologie. Jadis fermement opposé à la colorisation des vieux films, il a tout de même assassiné ses propres mythes d'abord en remaquillant sa trilogie classique, prenant son public en otage d'un affreux chantage mercantile, puis en brisant le sens de toute son histoire avec une prélogie inadéquate, enfin en commanditant un épisode d'Indiana Jones que tout le monde préfère ne pas avoir vue. Indiana who ?
Avant de partir, il aura tout de même eu le bon sens de signer une clause de retrait de la production d'Indiana Jones V. Quelle bonne idée !
Quiconque aura lu un article sur le tournage de la plus célèbre des trilogies de fantaisie sait combien ce fut une souffrance pour Lucas, dont le film n'était ni désiré, ni préssenti comme légitime. On se souvient du refus opposé par tous les studios d'Hollywood jusqu'à ce qu'Alan Ladd Jr., alors à la tête de la 20th century fox, ne franchisse le pas. Et encore, tout le monde se méfiait, jusqu'à ce qu'ILM, la société d'effets spéciaux créée par Lucas, après avoir grillé un million de dollars en essais infructueux, exécute le miracle technique qui allait ébranler à tout jamais l'économie du cinéma.
Ce refus, Lucas ne l'a jamais oublié. C'est ce ressentiment qui aura sans doute guidé sa récente décision.
Le meilleur Lucas, celui dont il vaut mieux garder souvenir, est celui du jeune loup trop poilu, caméra 16mm à la main, qui tenait séance à Coppola en écrivant à quatre mains un traitement pour un documentaire sur le Vietnam qui deviendrait Apocalypse now. Celui qui a eu la vision de THX-1138 2-1B, celui encore qui avait posté deux hommes dans la cabine de la première projection de Star wars pour qu'ils protègent les bobines et se sauvent en courant si jamais des exécutifs de la Fox mécontents cherchaient à s'en emparer. Celui qui avait donné à Indiana Smith le nom de son chien... et celui qui se battait contre les vents du désert tunisien pour concrétiser la folie d'une vision qui le dépassait tellement qu'il semblait en porter l'univers tout entier sur ses épaules.
Alors bon vent, Georges. Tu as fait ton oeuvre, elle ne sera pas oubliée.
Et que la Force soit avec toi.
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