Mercredi 7 juillet 2010 3 07 /07 /Juil /2010 12:04
Ah, quel bonheur, quel régal ! J’ai trouvé mon sujet dans la rue ce matin, alors que je me rendais avenue Jean Médecin. Bon sang mais c’est bien sûr, nous sommes mercredi, c’est jour de sortie, et c’est aujourd’hui que le troisième navet de la série Twilight (ovulation ?) fait son apparition dans les salles…



10h19 était l’heure du drame. Les grilles vrombissantes du Pathé Masséna tenaient bon face à une première cohorte de fans par conséquent myopes ou aveugles, aux glandes proéminentes chatouillées par l’adaptation du livre de Stéphanie Meyer, tous types de fluides mal contenus à l’idée de revoir le faciès top tendance de l’Apollon moderne selon Sainte Palette Graphique.

Moyenne d’âge : 15 ans. Quelques parents au sourire coupable, égarés dans la fausse nostalgie de leur jeunesse si prude et si soumise. Tout ça pour voir, en guise de summum de l’émotion, trois vampires en toc se livrer à de mauvais pas de chorégraphie dans une clairière qui n’aura pas coûté un rond au studio.



On comprendra mal cette passion bubonique pour le couple le plus mièvre de l’histoire du cinéma contemporain. Au long de trois films et de milliers de pages, Bella se sera sentie tiraillée par ses sentiments pour le beau vampire qui brille au soleil ou pour un autre beau mâle en rut qu’elle ne sait par où croquer… Romantisme échevelé dira-t-on, âme d’adolescent paumé dans des tergiversations hormonales sans fin et dont la référence gothique n’est que la parabole parfaite, image de toutes ces jeunes pousses en mal d’affection, seules face aux terribles réalités de l’amour et de la découverte du sexe, psychologiquement et socialement.
Le propos n’est pas neuf : le vampirisme ou toute forme de monstruosité comme métaphore des transformations du corps et de l’esprit à l’entrée au collège jusqu’au bac de français. I was a teenage werewolf résumait très bien tout cela en deux coups de cuillère à pot !



Mais voilà, les jeunes ont besoin qu’on leur répète, comme un cours magistral, et c’est encore mieux si ça passe par des bandes annonces vides mais dopées au Carmina Burana. La saga Twilight, c’est après tout le pendant épique de Plus belle la vie, une histoire de jeunes pour les jeunes, qui parlent d’eux et de leurs problèmes. Ils se jettent comme des oisillons paniqués contre les grilles du cinéma Pathé, réclamant qu’on les analyse, qu’on les comprenne, qu’on leur dise quel choix faire entre le déraisonnable et l’extrême connerie. Car bien sûr, c’est à cet âge qu’on les fait, et d’ailleurs on les regrette rarement dans l’avenir. Quand on est vieux, on a même tendance à regretter de ne pas en avoir fait davantage !

Quoi qu’il en soit, dommage que cette leçon de vie soit infligée par une curtonne comme Stéphanie Meyer, dont ni la prose de guimauve torturée ni les films d’élevage anémiques et grisouilles n’empêcheront nos enfants ou nos petits frères et sœurs de se dévergonder le samedi soir venu. Si elle croit encore que quiconque va attendre de passer à l’église pour surfer sur mets-ton-doigt-la.com, alors je peux lui dire où et ce sera dans l'oeil.

Publié dans : Critiques (impitoyables)
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