Mardi 10 janvier 2012 2 10 /01 /Jan /2012 08:01

Ainsi vint le temps du montage. Autrement dit, la troisième écriture du film, celle où du désordre apparent doit surgir une histoire, et c'est aussi dans cette étape que l'on doit valider ou rectifier la trame pensée au scénario, qui fonctionnait plutôt bien sur papier, encore pas trop mal au tournage, et à présent plus du tout !

 

J'exagère à peine. Ca a l'air comme ça d'un vieux gag, mais enfin, ça arrive. On le vérifie presque toujours sur au moins une séquence, dans laquelle un découpage ou un dialogue est soumis au doute ou à l'interprétation. OVNIvores n'a pas échappé à la règle. Si la globalité du film me paraissait très claire, deux séquences ont dû être charcutées, voire réinventées complètement une fois importées sur Final Cut.

 

CaptureFCP-OVNI2.jpg

Le montage : toujours un beau bordel !

 

A chaque monteur sa technique. Certains assemblent dans l'ordre chronologique, d'autres dérushent longtemps. Moi j'aime commencer par des raccords évidents, des détails sur lesquels je construis tout le reste comme un toit sur une charpente. Parfois, j'en obtiens un film en puzzle, plein de petits bouts de films à connecter les uns aux autres avec les meilleurs raccords possibles. Je fais des tas de plans que je réordonne à ma guise. On se demande alors si le film va vraiment ressembler au scénario, car il arrive que tout soit lié d'une façon bien différente que ce qui était prévu !

 

Un jour, Raphaël Vernerey vint me rendre visite et insista pour voir le montage, qui était alors dans l'état pré-cité, sans effets spéciaux et à peine quelques filtres. Affolé par ma technique, il passa la soirée à faire sa version, ne me laissant que le choix de l'observation paniquée. Je l'ai laissé faire son "ours", prenant pour seule précaution de réaliser une copie de sauvegarde de mon travail en cas de gros désaccord ! Raphaël est de ces monteurs qui ne supportent pas les trous, il veut un bout-à-bout absolument, à tout moment du montage !

De ses efforts, je gardai la plupart des idées. En fin de compte, il avait joué les inspecteurs d'école. Je l'en remercie, on a toujours besoin d'un regard extérieur, surtout lorsqu'il est pertinent. Le cinéma, c'est surtout de la collaboration. Ne jamais l'oublier, il n'y a pas d'égo là-dedans. J'y reviendrai plus tard.

 

Bon an mal an, j'avais plutôt optimisé mon tournage et le montage du film ne posa pas de réel problème en lui-même. Seulement il était comme un gruyère, à cause des effets spéciaux. J'avais besoin de recourir à quelques astuces temporaires pour effectuer une prévisualisation, comme des photos pour certains points de vue qui se révélaient manquants. Nous repartîmes donc sur les lieux réaliser quelques coupes pour le prologue, qui ne fonctionnait pas tel quel. Nous étions déjà au seuil de l'hiver, il y avait de la neige sur les cimes. Je filmais les images d'une nuit des étoiles du mois de juin, des plaques de glace en bord cadre...

 

Coupe montage

Quelques plans de l'arrivée de la famille ont été sacrifiés sur l'autel de l'efficacité.

 

La séquence problématique était donc le prologue. J'avais voulu réaliser un découpage savant, et au final, rien ne marchait. J'avais déjà plus ou moins décidé de changer l'idée du générique, car entre-temps j'avais reçu les premières épreuves de la musique de Georges Gondard, et ma vision du film s'éclaircissait. Au départ, je voulais montrer des OVNIs dans des situations de tous les jours, style "ils sont là, on ne les remarque pas", mais il me paraissait plus évident désormais de commencer avec des titres dans l'espace.

Je réalisai trois ou quatre versions du prologue avant de tout effacer et de n'en garder que les plans les plus importants, les plus symboliques, quitte à couper du dialogue, des apparitions de personnages. Parfois, il vaut mieux emprunter le chemin le plus rapide. Woody Allen a dit : "on peut tout couper".

 

On peut aussi tout tricher. Comme par exemple tourner des images presque un an après et les connecter sans souci au film. C'est ce que je fis en proposant à la "bande des ados", Ugo, Erwan et leurs amies, une séance de coupes dans lesquels ils manipulent des instruments originaux, et voient arriver l'OVNI du film. Objectif : augmenter le nombre des OVNIvores à l'écran, enrichir le potentiel affectif des personnages. De plus, j'étais un peu insatisfait des drôles d'instruments créés pour le film. Je voulais en voir davantage. Me rapprocher de l'appareil construit par E.T. quand il appelle sa maison...

 

AdosOVNI2.jpg

Ajouté au montage : un supplément d'ados façon E.T., les vélos en moins !

 

Alors que la première version de travail commençait à s'esquisser, deux énormes dossiers arrivèrent, fracassants, sur la table.

Le premier dossier était bien sûr celui des effets spéciaux. Le film comptait de nombreux trucages, de nature différente : des rochers animés en 3D, des étoiles dans des cieux fixes, des étoiles dans des plans dynamiques, un OVNI et ses lumières, et toute une palette d'effets dont je n'avais pas idée, mais qui allaient "naître" avec la suite...

Le second dossier, plus épineux encore pour moi, était celui du son. L'autre moitié du film, en somme, et je n'avais personne pour la post-production sonore. J'imaginais que j'allais devoir une fois de plus m'en occuper moi-même, et la perspective m'inquiétait, car je ne suis pas compétent à ce poste. Et mon budget, ultra serré, me permettait guère d'embaucher.

 

Je ne savais pas quelles aventures m'attendaient sur ces deux étapes fondamentales de la construction de ce film. Elles allaient être très enrichissantes !

 

A suivre dans l’épisode 6 : les effets spéciaux. 

Par Morgsapplar
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