Mardi 11 janvier 2011 2 11 /01 /Jan /2011 11:57
Vous vous doutez bien que les studios de cinéma utilisent les réseaux sociaux tels que Facebook et Twitter pour surveiller le comportement des masses populaires, un peu à la manière de Harry Seldon dans la théorie de la psychohistoire (voir Isaac Asimov). Mais nous doutions-nous qu’on finirait par faire un film sur Facebook ?

Le projet intriguait, un peu comme le futur Monopoly de Ridley Scott, par son incongruité avant qu’on ne sache que son scénario s’intéresserait finalement à l’histoire bien réelle du fondateur du site révolutionnaire. Nous quittons donc le côté gadget de l’idée pour une success story comme les aiment les américains, avec son lot de polémique et de scandale.


Les beaux gosses : aujourd'hui ils enlèvent le bas !

Pas étonnant que le film ait eu du succès. On peut parier qu’il concernait au moins les 250 millions d’utilisateurs de la plate-forme, et il est prouvé qu’ils sont les prospects privilégiés des producteurs et distributeurs. La pub s’est faite avec pas un rond, dans l’univers virtuel des informaticiens, des « geeks », des familiers des nouvelles technologies, curieux de nature. Preuve à l’appui : même l’affiche n’a l’air de rien.

Une bonne affaire, donc. Mais parlons un peu d’art. David Fincher est un réalisateur de talent, il l’a déjà prouvé à de nombreuses reprises. C’est après tout l’homme qui a porté Seven et Fight club à l’écran, et plus récemment le merveilleux Benjamin Button.
Dans The social network, pourtant, il est davantage sur le mode Zodiac, c’est-à-dire film à histoire fortement factuelle, intéressant et documenté, mais sans grande invention. Ici on a droit aux versions de plusieurs protagonistes s’affrontant dans le labyrinthe des démarches légales : à qui appartient l’idée de Facebook, qui a connu qui, qui est le copain trahi, qui est la bonne poire, et qui est le salaud qui a piqué le code ?

Bon. En fait, j’ai ressenti la vision de ce film comme la lecture d’un article dans "L’Express". Informatif, mais quoi d’autre ? La proposition de Fincher, si elle reste intéressante (Mark Zuckerberg est un "geek" qui a créé Facebook et connecté des millions de personnes entre elles, par impuissance de connecter avec une seule personne à laquelle il tenait) ne suffit pas, à mon avis, à porter un film de cinéma passionnant. Un documentaire n’aurait-il pas mieux fait l’affaire ?

Car ça discute beaucoup, il n’y a pas de travail remarquable sur l’espace, sur l’univers visuel, ni sur les personnages. Les comédiens sont bons, il faut le reconnaître, la mise en scène très pro mais assez sobre. Et c’est tout. Je me sens donc incapable de l’acheter en DVD ou de le revoir.
Pourquoi cela ? Le propos est-il trop anecdotique ? Est-ce parce que l'histoire, en fin de compte, demeure purement virtuelle ? Après tout nous n'assistons pas à la démonstration du génie du garçon, car tout est contenu dans la programmation. Il n'y a pas de moment léger dans le film, gratuit, qui pourrait donner un sentiment agréable de divertissement. Non, nous sommes décidément coincés avec ces jeunes mecs décalés dans des appartements, autour de tables rondes, il n'y a pas de réel spectacle à les voir se chamailler pour la légitimité de telle ou telle idée. Nous sommes en plein thriller cérébral, mesdames et messieurs.

Alors comme d'habitude, je me demande d’où vient le carton, sinon de la curiosité virale des spectateurs. Est-ce que ce succès va pousser les studios à adapter la vie de Sergey Brin et Larry Page, les fondateurs de Google ?

Wait and see. Qui plus est, il me reste à voir Les petits mouchoirs, et je serai d’attaque pour les soirées…

Publié dans : Critiques (impitoyables)
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