Partager l'article ! SPIELBERG, LE GRAND NOSTALGIQUE.: De Tintin et le secret de la licorne, nous ne savions quoi attendr ...
De Tintin et le secret de la licorne, nous ne savions quoi attendre. Débarrassé de l'infantile immaturité de George Lucas, Spielberg s'est associé pour ce projet à l'autre grand géant du cinéma de ces dix dernières années, Peter Jackson, avec lequel il partage non seulement le sens de la mise en scène, mais aussi le goût pour la recherche technique. Quelle promesse alors, d'autant que Tintin était un projet qui tenait à coeur à Spielberg depuis sa découverte en 1981 dans les critiques françaises des Aventuriers de l'arche perdue !
Mais arrêtons ce suspense à trois francs six sous : cette adaptation de Tintin est excellente. Je dirais même plus : elle est excellente !
On peut critiquer Spielberg pour ses erreurs, pour la vacuité de sa Guerre des mondes ou son trop gentil Terminal, il prouve encore aujourd'hui qu'il est doué d'une éternelle jeunesse d'esprit. Cette aventure de Tintin, si les puristes veulent bien excuser les rigueurs de l'adaptation (en opposition ici à la transposition littérale), remplit haut la main son cahier des charges : on y retrouve tous les personnages intacts et vivaces, le rythme enlevé et rocambolesque, l'humour et le style de l'oeuvre originale mise "en volume".
Comprenez bien que j'ai lu tous les albums du petit reporter, sans pour autant en connaître les aventures sur le bout des doigts. Ce n'est pas mon genre de disséquer à tout va, même si une relecture serait utile à une meilleure critique en profondeur, j'en consens. Mais j'ai grandi avec, je crois en cerner suffisamment les codes pour pouvoir témoigner du grand respect dont ont fait preuve Spielberg et Jackson tout au long de leur (immense) travail. Ce respect total, cette courbette en forme d'hommage appuyé, se sent dès les premières minutes, au cours du générique transformant peu à peu l'imagerie des albums 2D en images graphiques 3D, avec un petit clin d'oeil à la série animée si admirée par les fans. Un coup de palette de couleurs et on retrouve... Hergé, à Montmartre, dessinant le portrait de Tintin au coeur du film ! Le passage de relais est assuré, avec une élégance touchante...
Plusieurs arguments font à mon avis la grande force de cette adaptation. A commencer par la mise en scène.
Spielberg, pour son coup d'essai au motion capture, a appris à bonne école, en regardant Zemeckis et Cameron faire joujou. Avec Tintin, il choisit de transcender totalement la technique et s'amuse avec des mouvements de caméra audacieux, offrant une richesse de plans qui sont autant de bonbons acidulés pour nous autres gagas de cinoche.
A ce titre, il nous offre également la meilleure représentation de la 3D au cinéma depuis Avatar, puisque le jeu avec les focales, et donc les profondeurs de champ, est complètement assumé et ludique. C'est un vrai spectacle. A titre de comparaison, la bande annonce de La menace fantôme 3D en préambule de la séance paraissait plate comme une limande et donc sans le moindre intérêt...
Le Viewmaster, ou le relief
des enfants des années 80....
L'image elle-même est un régal pour les yeux. Le choix de la motion capture pour cette adaptation était la vraie bonne idée, car elle est ici le juste compromis entre le dessin animé et l'action live. En outre la modélisation et la texture de l'animation sont tellement réalistes, si fouillées de détails, qu'on l'oublie au bout de cinq minutes. Vraie bonne idée aussi parce que cette technique permet de respecter le look des personnages sans maquillages outranciers qui seraient passés pour de mauvais artifices de scène, comme c'était par exemple le cas dans Astérix ou Lucky Luke en France. Je pense notamment aux Dupond et Dupont.
En vérité, ce qui m'a touché le plus, c'est le charme de l'image. Le style adopté par Spielberg m'a rappelé les images relief des vieux Viewmasters des années 80, lorsque l'univers Disney était représenté par des figurines photographiées dans des décors miniatures. Tintin et le secret de la licorne donne cette impression de réalisme merveilleux, cet effet "madeleine de Proust" (clin d'oeil à Isabelle) qui est savoureux pour aborder l'univers de Tintin sous un nouvel angle.
Tout le reste relève du plaisir de spectateur : l'action débridée nous tient en haleine, c'est un film qui va vite, plongé dans une maestria de mouvements et de couleurs. On rit beaucoup aux atermoiements de Haddock ou on s'émerveille sur l'animation bluffante de Milou, et il y a toujours ces grands moments d'aventure où des avions décollent sur la musique de John Williams et qui nous inspirent des frissons de joie.
Alors tonnerre de Brest, à quand le second volet ?
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