Tron : lhéritage néchappe donc pas à la mode des
remake boostés aux emphétamines, petites pilules bleues qui, cest bien connu, endorment la sagacité du cerveau. Ce qui donne à peu près un film drogué aux couleurs néon, grand spectacle deffets spéciaux mais tout atrophié niveau scénario. Hélas, un zombie de science-fiction.
Voir ce film dans une bonne salle, avec un grand écran, des lunettes 3D et un son qui décorne, vaut le coup dil et le prix de sa place. Je me hasarderai à le comparer à
Avatar : si on accepte de se promener dans une grosse bande dessinée aux thématiques et enjeux plus classiques-que-ça-tu-meurs, alors il ny aucune raison de ne pas passer un très bon moment.
Encore une fois, il est dommage que la faiblesse de lhistoire plombe une quantité de bonnes idées visuelles et sonores.
Car des idées, il y en a partout : ne serait-ce que la gestion de la 3D. En effet, le film commence par une demie heure de 2D, laissant à lunivers virtuel le soin de nous en mettre plein la vue. Lorsque le héros plonge dans le jeu, cette nouvelle dimension ajoutée, attendue pendant un petit bout de temps, nen est que plus spectaculaire. Elle est donc tout à fait justifiée, et en termes de qualité, cest une très belle impression de relief qui saura nous faire sursauter et participer à laction bien des fois au cours du périple.
Les effets visuels sont tellement beaux que la doublure rajeunie de Jeff Bridges paraît presque crédible, avec une petite marge « dartificialité » justifiée elle aussi par lunivers du jeu. Enfin le style de la Grille, des véhicules aux bâtiments, en passant par les fastueux costumes lumineux des personnages, (certains rappelant parfois agréablement les univers de Moebius) est superbe. Il procure au film une identité immédiate, certes proche dun jeu vidéo, mais noublions pas que cest très exactement leffet recherché.
Et il faut compter avec une certaine inventivité. Nous connaissions les voitures de course virtuelles, sajoutent désormais des buggys et des aéroplanes fonctionnant sur le même principe, pour le bonheur des yeux.
Lhistoire, qui tient sur une feuille de papier à cigarettes, est le point faible de cette réalisation. Le départ en est simple, et efficace, cest-à-dire la disparition du Concepteur Jeff Bridges, pris au piège de sa propre création. Son fils le rejoint après avoir survécu à un certain nombre dobstacles, pour sapercevoir que son père a un double maléfique avide de pouvoir.
Ce qui est à déplorer, et je suis daccord avec mon confrère Nicolas (il se reconnaîtra), cest que ce genre de film, porteur dun sujet très fort de
hard science dont Isaac Asimov naurait fait quune bouchée, ne propose aucune problématique intéressante sur la technologie daujourdhui, sur ses déviances, sur ses dangers, sur son potentiel
on se contente de brosser le panorama de ces univers imbriqués dont personne ne sémeut finalement.
Syndrome
Matrix à deux étages, puisquon y pratique aussi un peu le kung fu pour plaire aux jeunes. Mais ce qui est esquissé en premier acte, on loublie totalement par la suite. Quelle résonance le monde de Tron a-t-il sur notre monde ? Réponse : aucun.
Jabordais une comparaison avec
Matrix. Elle ne sarrête pas là. Le film est une succession de combats plus ou moins spectaculaires. On assiste à la visite dune collection de lieux qui en rappellent dautres : chez Flynn, on est dans
2001, il pratique le zen et parle comme un sage. Dans le bar, cest la cantina de
Star wars version art déco et cette nuit perpétuelle, cest bien sûr
Matrix et
Terminator. Les références sont posées.
Mais le plus délicat est ceci : quand dans le dernier acte, nos héros pénètrent dans le vaisseau mère et découvrent les légions de combattants de Clu, nous avons limpression tenace et désagréable de voir deux plans en tout point absolument identiques à des images vues dans
Lattaque des clones !
Ce qui ma fait réaliser quelque chose. Toute la déviance de la science-fiction depuis vingt ans provient dun basculement thématique.
Tron (1982) était un film sur la découverte dune technologie et dun monde associé. Toutes les années 1980 étaient à cette image, et dénotaient de cet émerveillement qui était aussi le fruit du progrès des effets spéciaux., et doù émergeait un questionnement. On peut citer
Explorers de Joe Dante, dans cette même veine.
The thing de John Carpenter,.
E.T.,
Gremlins,
2010 lodyssée 2,
Les Goonies, Blade Runner
cette période se basait sur la découverte dun potentiel, dun futur (ou d'un passé) insoupçonné, dune autre réalité possible.
Aujourdhui, le questionnement des effets spéciaux, de la technologie et donc de sa problématique en nature, est redevenu nul puisque nous en sommes blasés. On a remplacé lexploration (qui némeut plus personne) par lenvergure guerrière.
Avatar,
District 9, la prélogie
Star wars et donc
Tron, sont des films de guerre.
Solaris ou
Sunshine, de vraies uvres de réflexion sur la science et lanticipation, sont boudés par le public et donc par les studios.
Résultat immédiat, la loi martiale décrétée sur le genre a aboli toute démocratie du scénario. Aujourdhui on recherche le nouveau
Star wars, et
Tron se place en challenger. Et cest peut-être là le plus grand paradoxe de
Tron : en faisant mine de se donner bonne conscience, en dénonçant lavidité des conglomérats dinformatique, Joseph Kosinski livre un produit somme toute formaté, sans audace aucune. Toutes les pistes de théorie nouvelle sont gentiment étranglées par le style Walt Disney, qui se moque des invraisemblances. (Il manque cruellement une explication sur lincarnation des programmes sortis du jeu
que lon nentendra pas plus dans la presque-certaine-suite, car tout le monde semble prendre cet aspect du scénario comme acquis depuis le départ.)
Restent les qualités du spectacle, le plaisir de laventure et une atmosphère electro-new age qui parfois désarçonne, car au beau milieu de nulle part dans un univers virtuel, on se surprend parfois à se sentir très loin de chez soi. Et cest déjà pas si mal.
La mise en scène est propre et soignée, malgré le désormais inévitable maniérisme des ralentis à la pelle qui a tendance à désamorcer lémotion des mouvements dans le style cher à Zack Snyder.
Quant aux acteurs, on saluera la (double) prestation de Jeff Bridges, au potentiel affectif intact. Il est très agréable de retrouver Bruce Boxleitner à ses côtés 30 ans après le premier épisode. On le reconnaît à peine
Jai trouvé Garrett Hedlund très à sa place dans le rôle du fils de Flynn. Et Olivia Wilde, délicieuse, sen tire avec les honneurs.